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samedi 9 juin 2012
lundi 10 octobre 2011
Vivre à crédit en Belgique @ Le Soir
J’ai risqué de me ruiner en multipliant les crédits
QUELQUE 400.000 MÉNAGES seraient surendettés en Belgique. Une famille sur dix. Comment
peut-on en arriver là ? Olivier Bailly a voulu le savoir. Il a foncé dans
l’arène, a demandé crédit sur crédit, carte sur carte. Et bingo, il a quasiment
pu les collectionner. Un reportage en deux épisodes.
En Belgique, les organismes qui octroient des crédits à des
particuliers sont tenus par un « devoir de conseil ». Le législateur belge a
estimé que le consommateur était la partie plus faible du marché tandis que le
prêteur est un professionnel du crédit. Ce dernier doit donc informer le client
potentiel, le mener vers le produit financier adapté à sa demande. Le prêteur doit
aussi refuser le prêt s’il juge le client incapable de rembourser. Dans la
pratique, ce « devoir de conseil » a une saveur particulière auprès des
derniers venus dans le monde du prêt : les supermarchés. On va en juger.
Journaliste indépendant, mes revenus nets se montent selon ma
comptable à 1.431 euros par mois. Ma situation : deux prêts hypothécaires
(630),un prêt voiture (170 euros, début février 2011). Pour charger un peu
plus la barque avant mes démarches auprès des magasins, j’ai obtenu à la
mi-mars un prêt « divers » de 10.000 euros (295 euros/mois), ainsi qu’une
ouverture de crédit de 4.000 euros auprès de la banque ING. Je rembourse donc
1.095 euros par mois, certes avec l’aide de mon épouse. Cependant, lors des
demandes décrites ci-dessous, j’ai précisé que je ne souhaitais pas qu’elle
soit impliquée dans les prêts. Aucun prêteur ne m’a demandé sous quel régime
nous étions mariés.
Fnac
25 mars 2011. En haut des escalators se
dresse la Fnac, déposée sur le faîte du centre commercial de City 2 telle la
cerise sur le gâteau. À la gauche des escaliers, entre les caisses et la vente
de tickets concerts, deux bureaux attendent les clients. Le préposé m’explique la
carte Adhérent et, à ma demande, la carte Visa. Je soumets mon extrait de rôle
au jeune employé de la Fnac qui encode le montant brut de mon salaire. « Je vais
demander 500, on verra bien ce qu’il (NDLR : l’ordinateur) dit. »
Le logiciel digère les informations. La
sentence tombe. Top chrono. 16 minutes pour obtenir 3.000 euros. Je signe les
documents, comprenant une domiciliation et cession de salaire, ce qui m’est
expliqué. Une des clauses stipule que si je ne coche pas une case, j’opte pour
« les services complémentaires » qui vont avec la carte. Et merde… je ne l’ai
pas vue au moment de signer le contrat.
Je reçois à la fin de l’entretien un
document portant le titre d’« Informations européennes normalisées en matière
de crédit à la consommation (Secci) ». Cela ressemble à un résumé du prêt que
je viens de contracter.
Carrefour
Une semaine plus tard (2 avril). Le bureau
lové dans un renfoncement de l’hypermarché Carrefour est devancé par deux
présentoirs vantant les mérites de la carte Visa. « Payez tous vos achats
maintenant ou… après ! », « Gagner 5 euros n’a jamais été aussi simple ! », «
Les avantages de votre carte Visa de Carrefour ! ».
Une dame, la jeune cinquantaine, accueille
le chaland. Elle vante les multiples avantages de la carte Gold, comme
l’assurance annulation voyage ou le chèque de réduction de 10 % à valoir sur un
achat. Pas besoin de mon extrait de rôle, mes cartes d’identité et de banque
feront l’affaire. « Vous répondez à mes questions et on verra s’il faut fournir
d’autres documents. » Je demande pour quel montant je postule. « Cela varie de 500
à 5.000 euros. » Verdict : Carrefour m’octroie une ouverture de crédit de 3.500
euros.
La préposée aux crédits enchaîne avec un
petit questionnaire. Ce formulaire serait une exigence du ministère des
Finances… Elle y coche pour moi la case : « Je viens régulièrement faire mes
achats chez Carrefour et souhaite bénéficier des avantages » et « Je souhaite être
récompensé pour l’utilisation de mon moyen de paiement ». Elle me tend le Secci
après signature.
Cora
15 avril. Un gigantesque plateau de
consommation construit sur un parking souterrain. A l’entrée, un dépliant vante
les bénéfices de la carte Cora. Le préposé, un jeune homme, m’accueille.
Visiblement, il patauge. « Vous êtes nouveau ? » « Je travaillais dans un autre
service. » Il est le premier à demander ma fiche de paie. Je lui tends mon
extrait de rôle. L’équivalent d’un parchemin en hiéroglyphes pour ce néophyte
du prêt. Une employée est appelée à la rescousse. Elle conclut à la lecture du
document fiscal que je gagne 1.200 euros. Des prêts ? Oui. Des cartes Visa ?
Deux. Le garçon efface les données malgré lui. Une employée vient à nouveau l’aider.
Je m’attends à recevoir mon premier refus. Aux prêts hypothécaires et voiture
s’ajoutent en un mois deux ouvertures de crédits et deux crédits
professionnels.
« – Votre
demande est acceptée.
– Super. Pour
combien ?
– Je ne sais
pas… vous voulez combien ?
– Euh… cela
dépend de ce que vous m’octroyez, non ?
– Ah… ce sera
marqué dans le contrat alors… »
J’obtiens
1.000 euros de crédit.
– « Je dois
signer ?
– Oui… là…
– Et c’est
quoi ?
– Euh…
attendez voir… les conditions du prêt… »
Je lis l’entête : « Clause de cession de
salaire ». Il y a également un espace vide en bas de page. La domiciliation.
« – Et là ?
Je dois signer ?
– Euh… je
vais demander… »
Une employée se penche sur le document.
Difficile de faire pire en termes d’informations…
L’ouverture octroyée est de fait accordée
par Alpha Credit. Auparavant, ce sont les organismes de prêts spécialisés
Finalia (Fnac) et Fimaser (Carrefour) qui avaient accepté ma demande. Finalia
est une société de BNP Paribas Fortis. Fimaser est une filiale du groupe Carrefour
en partenariat avec BNP Paribas Fortis. Alpha Crédit est une filiale de BNP
Paribas Fortis. Sans que je le sache, mes trois premiers crédits accordés l’ont
été par une seule et même banque.
Makro
29 avril. Arrivé au Makro de Sint-Pieters-Leeuw,
une dame blonde, la quarantaine, m’explique la carte, précise qu’il s’agit
d’une ouverture de crédit de 1.250 ou 2.000 euros. Ces montants sont plafonnés,
par mesure de sécurité. Ils peuvent être augmentés plus tard jusqu’à 10.000
euros si le payeur rembourse
correctement. Un genre de stage. Elle précise que ce n’est pas une carte de
banque ni une Visa. Mes données encodées, elle doit appeler André, un agent de
Buy Way Personal Finance Belgium (anciennement… BNP Paribas).
« Monsieur, vous avez fait une demande
récemment ? » Oui. Silence. André se replonge dans mon dossier. Puis le
couperet tombe. « On ne peut pas ouvrir deux crédits en six mois. Surtout si
vous en avez ouvert un à la consommation. » Elle m’explique qu’ils sont plus dangereux.
« Vous savez, ce ne sont pas des crédits pour des choses fondamentales. Et des
gens se surendettent avec ces crédits. » Prévenante, elle m’invite à retenter ma
chance dans six mois.
Krëfel
Dans la foulée de Makro et afin de
compenser ma déception par un acte impulsif, je me rends dans un magasin Krëfel
pour acheter un GSM, une machine à café et un téléphone fixe. Je me renseigne
sur la carte Krëfel. On prépare la demande au comptoir du magasin. Aucun
document n’est à fournir. La vendeuse encode les données. C’est bon. Pour 1.250
euros.
Je signe des
documents. La cession de salaire.
« – C’est
quoi ?
– C’est pour
le crédit. »
La
domiciliation.
« – C’est
quoi ?
– C’est pour
le crédit. »
Elle n’est pas simple la vie chez Krëfel ?
Je signe un troisième papier. La vendeuse
le reprend et y coche trois cases : « Quand vous ne prenez pas de services
supplémentaires, il faut le signaler en cochant. » Je demande une copie de ce
contrat. Pour la première fois, on me la refuse parce que « ça (NDLR : les
informations Secci), ça résume votre contrat ».
Le lendemain, je réclame une copie des
documents signés. Les croix apposées pour ne pas prendre de services supplémentaires
sont en fait des demandes de contrat d’assurance facultative. Mon
interlocutrice explique sa méprise par un changement de contrat type.
Citibank
Le hasard fait parfois bien les choses.
Samedi 30 avril, je débarque au Brico du complexe commercial Basilix pour
acheter quelques planches et quelques tiroirs. Une fois les portes vitrées
franchies, un monsieur en costume-cravate posté derrière un stand Citibank me hèle.
Le garçon, Alain, me déballe les atouts de la carte de crédit. Tout y passe.
Même la possibilité d’être prévenu par SMS après une dépense élevée, « comme ça
vous pouvez arrêter madame et lui dire de rendre cette robe ». Ahahaha. La
tchatche de vente est bien en place. Il présente avant signature les
informations Secci.
Alain connaît le crédit à la consommation,
le promeut certes, mais donne également des informations précises au
consommateur. Il me remet une enveloppe mentionnant au verso « merci de nous
envoyer dans les dix jours (souligné) une photocopie de votre dernière fiche de
salaire, sur laquelle vous avez indiqué la mention “STAND”, au moyen de cette
enveloppe pré-affranchie ». « Mais je ne dois pas le faire », m’explique Alain.
Si nécessaire, Citibank me contactera pour des informations complémentaires. «
Ça arrive une fois sur cent, ne vous inquiétez pas. » La demande d’ouverture de
crédit est de 3.000 euros. Un porte-cartes de visite m’est remis en guise de
bienvenue dans la grande famille de Citibank. Par contre, je ne reçois pas de
copie du contrat que j’ai signé.
Un peu plus de trois semaines plus tard,
je reçois la confirmation via un courrier de Citibank. Ma demande est acceptée.
Alors que j’ai signalé mes prêts professionnels, le document mentionne dans la
colonne : « autres crédits : 0 ».
Media
Markt
13 mai. Dans la file d’attente des
crédits, deux types discutent. L’un achète un notebook à 650 euros mais son pote
le sermonne. Il faut acheter cash ou ne pas acheter. Quand arrive mon tour,
l’employée m’explique que je dois choisir en premier lieu mon appareil à
acheter et ensuite passer chez elle. Elle m’évoque un paiement de 15% du
produit, soit une vente à tempérament, mais me dit qu’ensuite, le crédit est
ouvert pour d’autres achats. Ce n’est pas clair. Ce qui est certain, c’est
qu’il faut un revenu minimum de 985 euros pour obtenir un prêt, qu’un minimum
de 300 euros d’achats est demandé, que je dois venir avec ma fiche de paie. Et
pas la peine de tricher ou de mentir, me prévient-elle. « Ils le voient si vous
êtes sur liste rouge. À la Banque nationale, ils savent tout voir. »
Cofidis
Fatigué de me déplacer, je demande par
internet à la société Cofidis le 20 mai une ouverture de crédit de 2.000 euros.À
peine le mail envoyé, une réponse :ma demande sera traitée dans les plus brefs
délais. Six minutes plus tard, Cofidis me réécrit pour me dire que je trouverai
ci-joint, « conformément à la réforme de la loi du 12 juin 1991 sur le crédit à
la consommation », le formulaire européen normalisé relatif à ma demande de
crédit (le Secci). Il n’y a pas de pièce jointe. Je le signale illico. Huit minutes
plus tard, Cofidis me confirme l’acceptation de ma demande d’ouverture de
crédit pour 1.250 euros.
Quatre jours plus tard, je reçois le
courrier à renvoyer avec photocopie de carte d’identité et d’extrait de rôle. Cofidis
me relance plusieurs fois par mail et par courrier. Je m’exécute. Dix jours
plus tard, Cofidis change d’avis et refuse l’octroi du crédit, sans
justification. Je demande des explications. Moins regardante lorsqu’il
s’agissait de fournir les Secci, Cofidis se drape dans la déontologie, ne pouvant
« enfreindre les règles de confidentialité (de mon propre dossier donc),
indispensables dans tout établissement financier ».
J’arrête les frais. Je pourrais encore solliciter des prêts en
achetant des produits à crédit, mais je ne compte pas me ruiner pour un
reportage. ■ OLIVIER BAILLY
Reportage réalisé grâce au soutien du Fonds pour le journalisme
Une famille
belge sur dix surendettée
Le mois de septembre dernier, 1.359 personnes ont rejoint les
93.199 ménages qui vivent aujourd’hui un règlement collectif de dettes (RCD), dernière
bouée avant un naufrage financier définitif. Le nombre de ces vies en faillite
ne cesse d’augmenter. 11.853 nouveaux cas en 2006, 17.864 en 2010. Soit une
augmentation de près de 50% en 4 ans. Et 2011 confirme le chiffre de 2010 avec
13.420 nouveaux dossiers pour les neuf premiers mois.
Mais ces données ne concernent que les règlements collectifs de
dette. Or, tous les surendettés ne se trouvent pas dans cette procédure
judiciaire. Loin de là. Le centre de référence Gils (Groupement
d’initiative pour la lutte contre le surendettement) estime que 400.000 ménages
en Belgique en feraient l’amère expérience. Une famille sur dix.
La Centrale des crédits aux particuliers (CCP), qui enregistre les
prêts de tous les Belges, fournit d’autres chiffres interpellants. Fin 2010 et
sans compter les factures de vie (téléphone, soins de santé, etc.), 365.374
emprunteurs étaient en défaut de paiement, soit un habitant de Belgique sur 30,
pour un montant total d’arriérés se chiffrant à 2,42 milliards d’euros. L’emprunteur
défaillant est plus wallon et bruxellois que flamand. Et il est même plus
carolo que wallon ! Un emprunteur sur sept de Charleroi (13,09 %) ne rembourse
pas son prêt à temps.
6.620
euros d’arriéré
En moyenne, chaque emprunteur défaillant a un arriéré de 6.620 euros.Ce
montant a sérieusement augmenté depuis 2008. L’Observatoire du crédit et de l’endettement
y voit un très mauvais présage. « L’évolution très rapide de l’arriéré nous amène à penser que les
défauts de paiement relèvent de situations qui, dans l’ensemble, deviennent de plus
en plus difficiles à gérer par les emprunteurs. Nous pouvons craindre qu’au
cours des deux dernières années, des défauts de paiement “ponctuels” se soient
transformés en difficultés financières à caractère plus “structurel”. » Ces endettés risquent de venir grossir les
rangs des personnes en règlement collectif de dettes.
Deux grands types de dettes se retrouvent dans les dossiers de
personnes surendettées : les dettes de vie (santé, loyer, téléphonie…) et les
dettes liées à un prêt.
Parmi les personnes qui sont en règlement collectif de dettes, 32
%, soit 28.013 ménages surendettés, n’ont pas fait d’emprunt, ou en ont un,
mais sans retard de paiement ! Qu’est-ce qui a pu amener ces personnes à se
retrouver en règlement collectif de dettes ?
Le coût de la vie, un accident de parcours. L’Observatoire du crédit
et de l’endettement a identifié pas moins de 26 catégories de dettes en dehors
de toute conclusion de crédit. Les plus fréquentes dans les dossiers de
médiation de dettes en 2007 en Région wallonne sont liées aux soins de santé
(présents dans 60,9 % des dossiers), à l’énergie (46,3 %), aux taxes régionales
et communales (43,8 %) ou encore à la téléphonie et internet (43,2 %). Dans
certains dossiers consultés, des personnes réunissaient des dettes sans crédit
jusqu’à 25.000 euros.
Les dettes liées à des prêts ou crédits défaillants se retrouvent dans
67,9 % des règlements collectifs admis et à 70,4 % dans les dossiers traités
par les services de médiation de dettes en Wallonie. En dix ans, le marché des
ouvertures de crédits et prêts à tempérament a connu une progression de 65 %.
Aujourd’hui, vous pouvez acheter vos vêtements, vacances et biens alimentaires
à crédit. Les cartes de crédit sont banalisées. Pendant les soldes 2010, plus d’un
acheteur sur quatre a eu recours aux crédits à la consommation ; il n’y en
avait qu’un sur dix en 2006. ■ Ol. B.

Ces
vies en faillite :
le
surendettement
des
ménages en Belgique
OLIVIER
BAILLY
La
Renaissance du Livre
190
p., 14 euros
En
librairie ce 7 octobre.
Un « devoir
de conseil » du prêteur, obligatoire mais bâclé
En ce
qui concerne les montants qui m’ont été prêtés, avec un salaire déclaré de moins
de 1.500•euros, j’ai donc pu obtenir en trois mois une somme de 25.750 euros(prêts
ING compris) alors que j’ai deux prêts hypothécaires et un prêt voiture.
En
utilisant l’essentiel de ces crédits, je serai redevable d’un remboursement avoisinant
les 800 euros mensuels au minimum. De plus, je n’ai pas tiré sur toutes les
ficelles du crédit. Dans l’absolu, des ventes à tempérament auraient permis d’augmenter
mon endettement. Et les ventes par correspondance m’auraient permis d’acheter
vêtements, meubles, matériel de jardin, déco, etc.
De tels
crédits se justifient-ils par le fait que le salaire de mon épouse était pris
en compte ?
Le
calcul des prêteurs serait audacieux. Si ces crédits « sont nécessaires aux
besoins du ménage ou à l’éducation des enfants », le consentement de ma moitié
n’est pas nécessaire. Mais si ces dettes « entraînent des charges excessives,
eu égard aux ressources du ménage », elle peut les contester.
Grands
seigneurs, Cora, Fnac, Krëfel, Carrefour et Citibank ont jugé qu’ils me
remettaient une carte indispensable à l’éducation de mes enfants et que l’accord
de mon épouse n’était donc pas nécessaire. Pourtant si demain elle dénonce ces
prêts réalisés sur deux mois, si des retraits d’argent n’ont pas eu pour but
des dépenses du ménage, je risque de devoir assumer seul les crédits.
Conseil ou promo ?
Soit
elle doit répondre des prêts et personne ne l’a informée de son nouvel
endettement de 25.000 euros en deux mois (welcome home, chérie). Soit mon
épouse peut éviter de répondre de ces prêts (ce qui était ma demande aux
prêteurs) et je suis en situation d’endettement problématique.
En ce
qui concerne l’information et les conseils prodigués, ING s’est trompé dans mes
taux, Krëfel et Fnac m’ont refilé des assurances que je n’avais pas demandées,
ING a refusé de m’envoyer une copie de mon contrat avant signature et j’ai essuyé
le même refus chez Krëfel… après signature ! Carrefour m’a fait signer un
document, prétextant une demande du ministère des Finances (1). Et Cora m’a
prêté 1.000 euros avec un employé qui ne savait pas où me faire signer (2).
Le
devoir de conseil implique entre autres que les employés en première ligne
jaugent votre situation financière. Dans les faits, ils font surtout la
promotion des avantages de leur carte.
Des
cessions de salaire et des domiciliations sont signées sans la moindre
explication, et probablement sans que le vendeur sache de quoi il s’agit.
Pour la
plupart, le rôle de conseil se limite à envoyer, et parfois à manipuler, vos
informations à la société de prêt qui les passe au crible, consulte la Centrale
des crédits aux particuliers (une obligation légale) et remet enfin un avis
pour un prêt maximal.
Par ailleurs,
remettre les informations Secci après signature du contrat est exactement… le
contraire de ce que voulait le législateur européen. Depuis fin 2010 en
Belgique, ce formulaire standardisé mentionne le taux du crédit, les conditions
particulières, les éventuels frais fixes, etc. Le Secci est structuré de
manière à permettre au consommateur de comparer facilement les offres.
Avant
la signature du prêt si possible.
■ Ol.B.
(1) Le
questionnaire de Carrefour est un détournement de la volonté du législateur belge.
Certes, le prêteur doit vérifier que le consommateur a bien conscience qu’il prend
une carte Visa, mais ce contrôle doit se faire avant signature et personne n’a
demandé à Carrefour de «me récompenser pour l’utilisation de mon moyen de
paiement » ! L’obligation légale est ici transformée en support promotionnel.
(2) Il ne s’agit pas de pointer des sociétés en
particulier (une succession de demandes de prêt dans un ordre différent aurait donné
un résultat différent) mais plutôt d’identifier des pratiques et des
manquements systématiques.
LEXIQUE
Règlement
collectif de dette
C’est une
procédure judiciaire qui a pour but de rétablir la situation financière du
débiteur en lui garantissant une vie conforme à la dignité humaine. Lorsque
quelqu’un est en règlement collectif de dettes, cela signifie qu’il s’est
retrouvé dans l’incapacité structurelle de faire face à son endettement. Le RCD
constitue souvent la dernière tentative de s’en sortir par le haut.
TAEG
(taux annuel effectif global)
Obligation
légale, ce taux globalise toutes les charges et tous les frais du crédit. Il permet
au consommateur de comparer rapidement les offres de crédit.
Centrale
de crédits aux particuliers
La CCP, basée à
la Banque nationale, contient le signalement de tous les prêts personnels en
cours en Belgique. Aussi bien les prêts remboursés à temps que les prêts
défaillants.
L’ouverture
de crédit
C’est le prêt
vendu parce que « ça peut toujours servir » et quand il sert, c’est mauvais
signe. Réserve financière souvent pour une durée indéterminée, des intérêts variant
entre 10 (sans carte) et 13% (avec carte) pour des sommes allant de 1.250 à
5.000 euros. L’ouverture de crédit permet souvent un remboursement minime par
mois, couvrant juste les intérêts. Si vous n’y prenez garde, vous vous
retrouvez avec des sommes considérables à rembourser par rapport à l’emprunt
initial. Mieux (ou pire, c’est selon), les intérêts du mois précédent intègrent
le capital et génèrent eux-mêmes des intérêts. Effet boule de neige garanti,
été comme hiver. En 2010, 3,8 millions d’ouvertures de crédits étaient en cours
de contrat en Belgique. 238.428 sont défaillants.
Le
prêt à tempérament
L’argent est à
disposition, soit dans un but précis (voiture, rénovation), soit pour une
raison « personnelle ». Dans ce cas, l’argent est versé sur votre compte et
vous devez rembourser par versements mensuels sur une durée déterminée. Des
taux élevés (14% mais 11,5% au-dessus de 5.000 euros), mais un remboursement fixe
et une durée limitée. En 2010, la Belgique recense 1,5 million de prêts à
tempérament, dont 189.304 sont défaillants.
La
vente à tempérament
Vous achetez un
bien ou un service. Votre emprunt se limite à la somme nécessaire, vous versez
un acompte de 15% minimum du montant de votre achat et vous remboursez le reste
par des versements mensuels. En 2010, 384.381 ventes de ce type en Belgique
sont en cours, dont 55.750 ne sont pas payées en temps et heure.
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