Uplace, le Club Bruges, Bart Verhaeghe surfe sur le succès et les polémiques. On le dit caractériel et à l'égo démesuré. Lui veut "réveiller" la Flandre.
C’est l’autre Bart de la Flandre. Celui qui veut faire bouger le monde économique flamand, comme il l’explique dans son livre autobiographique intitulé : "Ne dites pas à ma mère que je suis entrepreneur, elle pense que je cherche du travail."Méconnu dans la partie sud du pays, Bart Verhaeghe, l’une des plus grosses fortunes de Belgique, a fait irruption dans les médias francophones avec deux événements majeurs durant le mois de mai.
En tant que président du très populaire club de football de Bruges, il a tout d’abord "chipé" l’entraîneur national, Georges Leekens, aux yeux et à la barbe de la Fédération belge. Plus récemment, le projet Uplace, porté par M. Verhaeghe, a aussi défrayé la chronique. L’octroi du permis d’environnement, dernier permis nécessaire à la construction du méga-complexe commercial (le plus grand du Benelux) à Machelen - à deux pas de Bruxelles -, a failli faire exploser la majorité flamande.
L’homme ne laisse pas indifférent dans le nord du pays. D’aucuns le voient comme une sorte de messie de l’entrepreunariat, un "self-made man" qui veut faire bouger les choses. D’autres le dépeignent comme un "pharaon flamand", lui reprochant ses excès et son manque de nuance. "C’est un fonceur, explique un entrepreneur qui a travaillé avec lui. Il est très performant, connaît très bien son secteur et est intelligent. Bart Verhaeghe a aussi toujours pris énormément de risques dans sa carrière, et Uplace en est la preuve". Mais le revers de la médaille n’est pas loin. "C’est aussi quelqu’un de caractériel à l’ego démesuré. Uplace est d’ailleurs un projet qui reflète la personnalité de M. Verhaeghe : totalement disproportionné."
Difficile de se faire une opinion sur le personnage : nous ne l’avons jamais rencontré, et notre demande d’interview a été refusée. Mais quelques éléments de sa personnalité surgissent dans son livre, un véritable plaidoyer pour un libéralisme "moderne". Né à Vilvorde en 1965, Bart Verhaeghe a tâté du ballon dans sa jeunesse, en troisième division nationale. Il connut davantage de succès dans ses affaires. En 1990, il rentre comme conseiller chez KPMG Consulting. Mais c’est en 1992 que sa carrière décolle lorsqu’il rejoint le groupe du constructeur Verelst.
Peu à peu, il devient le bras droit de l’entrepreneur et les deux créent Eurinpro international, société spécialisée dans l’immobilier logistique, dont la vente, en 2006, rapporte un énorme pactole aux deux managers flamands (près de 400 millions d’euros). Mais là où d’aucuns auraient pris une retraite dorée anticipée, Bart Verhaeghe décide de continuer à investir. Et de prendre des risques. "Il faut oser entreprendre ", ne cesse-t-il d’ailleurs de répéter à la presse flamande, lui qui veut " tirer les gens du sommeil" . " Nous devons changer notre manière de penser en ce qui concerne l’économie, la mobilité, l’immigration, le travail, les syndicats La prospérité doit être notre but ultime. Car la prospérité apporte le bonheur !"
Or, en Belgique, il n’y aurait, selon le natif de Vilvorde, pas de "culture de l’entrepreneuriat" . " Si nous gardons notre vieux système, il y aura bientôt 70 % (des Belges) qui ne travailleront pas et 30 % qui travailleront. Aurons-nous, dès lors, des politiques faites sur mesure pour les 70 % qui ne travaillent pas ? Cela m’effraie, et ce n’est pas logique, car ce sont les 30 % des travailleurs qui supportent tous les coûts de la société."
Et de donner un conseil à sa fille. "Je lui dirais : va dans un pays qui possède une culture beaucoup plus positive pour les entrepreneurs. Et à l’heure actuelle, l’Europe occidentale n’est, selon moi, pas le meilleur exemple en la matière " Même la Flandre ne trouve plus grâce aux yeux de ce diplômé de l’Université catholique de Leuven et de la très réputée Vlerick School (dont il est devenu le directeur), puisqu’il a lui-même trouvé refuge en Suisse, dans la petite ville de Buchillon (Vaud).
Reste que Bart Verhaeghe, fondateur du think-tank Itinera Institute, a des projets à profusion pour sa Flandre natale. Son rêve est notamment d’ériger un nouveau stade, avec un centre commercial, pour le Club Bruges. Mais, à l’heure actuelle, son plus grand défi se nomme Uplace. L’immense saga qui a secoué la Flandre durant près de quatre ans n’est pas finie pour le promoteur, puisque de nombreux recours sont attendus ces prochains mois.
Du côté de l’équipe de Uplace, on est pourtant certain de pouvoir poser la première pierre de ce méga-complexe dès 2013. Car l’épisode l’a prouvé, Bart Verhaeghe possède de très solides appuis dans le monde politique flamand (essentiellement à la N.VA, au CD&V et à l’Open VLD).
Mais la réussite vertigineuse de ce "pharaon flamand" dérange aussi. Pour plusieurs de ses concurrents, Uplace est le projet de trop, celui qui le fera couler"Il va se planter sur Uplace. Nous en sommes tous convaincus", explique l’un d’eux. Il est vrai que M. Verhaeghe a déjà investi des moyens considérables (plusieurs millions d’euros), rien qu’en études, et un échec lui serait très coûteux. Mais ce revers est attendu par beaucoup de ses détracteurs. Surtout du côté du nord de Bruxelles, où deux grands projets commerciaux sont en gestation, à quelques kilomètres de Uplace. Or, plusieurs études l’ont prouvé : vu le marché, seul l’un d’eux est viable.