samedi 4 février 2012

Tendances crédit


09:32 - 03 février 2012 par Nadine Bollen

Comment le Belge emprunte-t-il?


Grâce au prêt vert, ces dernières années le Belge a énormément emprunté en vue de rénover. Le succès du prêt vert biaise ainsi toutes les statistiques relatives aux crédits-logement.
Nous avons sondé les banques belges sur les grandes tendances 2011 en matière de crédits-logement. BNP Paribas Fortis, Dexia, ING, KBC, Argenta, Axa, Crédit agricole et Centea nous ont donné leurs principales conclusions.

Le Belge... demande un prêt vert

La demande de prêts verts a explosé à mesure que la date limite approchait. Chez AXA, ils représentaient 21% des demandes, chez Argenta et Dexia, un quart et chez KBC, 35% des crédits logements.

 ... emprunte plus souvent

BNP Paribas Fortis a vu le nombre de crédits augmenter de 6%, ING de 9% et Dexia de 27%. KBC a bouclé 75.000 dossiers de crédits (+32%). Toutes les banques relient ce phénomène au succès des prêts verts.

... emprunte moins

Chez ING, le montant emprunté a baissé de 4%. Chez BNP Paribas Fortis, le montant moyen du crédit est retombé à 111.000 euros, à 129.000 euros au Crédit Agricole (contre 137.000 euros) et à 96.000 euros chez Centea (contre 120.000 euros). KBC a enregistré une baisse de 23%, à 97.405 euros. Mais, explique-t-on chez KBC pour illustrer le biais induit par les prêts verts, "les montants moyens des crédits souscrits pour faire construire ou acheter une habitation s’élèvent respectivement à 154.000 et 182.000 euros". 

... opte à nouveau pour les taux fixes

Chez KBC, 84% des crédits vendus étaient assortis d’un taux fixe. Chez ING, leur part a atteint 95%. BNP Paribas Fortis et Dexia parlent d’"une majorité". Et AXA indique que la part des formules à taux fixe a augmenté de 30% en 2010 pour atteindre 54%. En 2010, 65% des crédits étaient assortis d’un taux variable, contre à peine 40% l'an dernier. Centea et le Crédit Agricole ont vu la part des crédits à taux variable "chuter spectaculairement par rapport aux emprunts à taux fixe".

... emprunte massivement pour rénover

C’est la grande tendance de 2011, grâce aux prêts verts. Chez KBC et Dexia, environ la moitié des crédits-logement servaient à des rénovations. Il y a cinq ans, ce n’était le cas qu’une fois sur cinq chez  KBC. Chez AXA, 41% des crédits souscrits financeront des travaux de rénovation; chez ING, la part des crédits à la rénovation est passée de 17 à 26%.

... souscrit des produits annexes pour obtenir une réduction

Chez ING, neuf clients sur dix souscrivent un autre produit en plus du crédit logement. Chez Argenta, c’est le cas de 85% des emprunteurs. BNP Paribas Fortis affirme qu’il y a "une majorité de ventes croisées avec une assurance de solde restant dû, une assurance habitation ou une domiciliation du salaire. Cela rapporte une remise conditionnelle de 0,45%". Centea et au Crédit Agricole, assurent que "les meilleures conditions sont réservées à ceux qui sont ou veulent devenir coopérateurs de la banque."

... emprunte un peu moins longtemps

La tendance à emprunter de plus en plus longtemps s’est arrêtée. L’échéance la plus populaire reste 20 ans. Dexia remarque aussi que les emprunts compris entre cinq et dix ans ont rencontré un vif succès. La clientèle plus âgée a opté pour des échéances plus courtes, tandis que les jeunes empruntent rapidement à 25 ou à 30 ans ou avec plusieurs échéances, confirme-t-on chez Argenta.
Le secteur bancaire est touché par la suppression des avantages fiscaux
Les banques ont bien compris qu’elles octroieraient moins de crédits cette année. "La suppression de l’avantage fiscal n’est pas sans incidence sur la demande et la nouvelle production", reconnaît Argenta. "L’incidence de la suppression de l’emprunt vert peut être estimée précisément. Mais la suppression des avantages fiscaux pour les investissements visant une économie d’énergie aura un impact supplémentaire qui, lui, est difficile à jauger. Tout d’abord, les particuliers consentiront-ils encore ces investissements? Et ensuite, financeront-ils ces investissements par emprunt ou de leur propre poche?", s’interroge le spécialiste du crédit chez KBC, Lut De Lombaerde. KBC estime pour sa part que la production de crédits hypothécaires se repliera en 2012 à un niveau normal de 40.000, contre 75.000 en 2011

vendredi 3 février 2012

La terre se réchauffe ...



16:07 - 01 février 2012 par Caroline Declerck

-14°C: gardez votre maison au chaud


La vague de froid s'installe dans notre pays. Des températures jusqu'à -14°C sont attendues ce dimanche. Des chutes de neige ne sont pas à exclure. Il est urgent de prendre les mesures nécessaires afin de garder la chaleur à l'intérieur de votre habitation, et d'économiser l'énergie. 10 conseils.
Dans ces températures extrêmes, il est primordial de garder un maximum la chaleur à l’intérieur. Mon argent vous donne 10 conseils pour vous permettre d’économiser de manière optimale sur votre chauffage, sans souffrir du froid.

1. Bannissez les courants d’air de votre maison…

Lorsque la température est très basse, il est logique de ne pas laisser les fenêtres ouvertes. Mais vous devriez également faire attention à ce qui suit: les filtres de ventilation, les chatières, les fenêtres mal isolées, les vérandas, etc. Toutes ces petites choses semblent n’avoir qu’un léger impact mais elles augmentent les pertes d’énergie. Vous pouvez toujours effectuer un audit énergétique pour découvrir les endroits à courants d’air.

2. … mais n’oubliez pas de bien ventiler de temps en temps

Cependant, vous devez de temps en temps, faire circuler de l’air frais dans votre habitation. En ventilant une pièce durant un quart d’heure, vous échangez l’air humide intérieur contre l’air sec extérieur. L’air sec se chauffe plus facilement et plus rapidement.

3. Utilisez un thermostat programmable

Si vous avez un rythme quotidien routinier, optez pour un thermostat qui s’allume automatiquement à votre réveil ou à votre arrivée. Ainsi, vous ne chaufferez la pièce que lorsqu’elle est vraiment utilisée. En limitant la température à 16° maximum entre 22 heures et 6 heures du matin, au lieu de chauffer continuellement à 20°, vous pouvez économiser environ 13% de votre consommation annuelle de chauffage. En outre, le prix d’achat d’un tel appareil se récupère en un été.

4. Baissez le thermostat une heure avant le coucher

Une heure avant d’aller dormir, n’oubliez pas de baisser votre thermostat. La température diminuera, mais vous ne le remarquerez pas directement. En effet, la chaleur reste dans l’air ambiant pendant un certain temps.
Pour les maisons construites après 1994, il peut être encore plus efficace de laisser la température nocturne même durant la journée. Ces maisons sont très bien isolées et sont souvent équipées de chauffage par le sol ou par les murs. Bien entendu, vous ne pouvez jamais éteindre complètement le chauffage, car vous devrez ensuite réchauffer entièrement votre maison.

5. Économisez jusqu'à 6% sur votre facture d'énergie

Les radiateurs qui disposent d’une grande surface chauffent plus rapidement et de manière plus économe. Un grand avantage du chauffage par le sol est que la pièce est chauffée uniformément dans sa totalité. La sensation de chaleur procurée par le chauffage au sol est également supérieure à celle ressentie avec de simples radiateurs de chauffage central. En baissant la température du thermostat d'un degré, vous économiserez jusqu'à 6% sur votre facture d'énergie. Si vous ne possédez pas de chauffage par le sol, porter des pantoufles gardera vos pieds bien au chaud.

6. Éteignez le chauffage dans les pièces inutilisées

Votre chambre d’amis est-elle souvent utilisée? Les enfants qui étudient (et qui logent en internat ou en kot) ont-ils besoin d’une chambre chauffée durant la semaine?  La deuxième salle de bains est-elle toujours utilisée? Un hall d’entrée (où vous avez placé le vestiaire) a–t-il besoin d’être chauffé? Promenez-vous dans votre maison et notez combien de temps par semaine vous restez dans chaque pièce pour déterminer s’il faut les chauffer ou pas. N’oubliez pas de fermer les portes des pièces non chauffées, ou vous perdrez tout l’effet.

7. Diminuez la température de votre boiler

La température de l’eau du robinet provenant du boiler ou de la chaudière du chauffage central est souvent fixée à 80° ou plus. En diminuant un peu cette température, vous économiserez de l’argent. Toutefois, ne diminuez pas la température en-dessous de 65° Celsius, car la légionellose pourrait se développer dans le boiler et les conduites.

8. Chauffez avec un radiateur d'appoint

Si vous remarquez que vous n'utilisez intensivement qu’une seule pièce, diminuez le thermostat de quelques degrés et au besoin, augmentez la température de cette pièce vous servant d'un chauffage électrique d’appoint.

9. N'entravez pas la circulation de la chaleur

Le chauffage ne doit pas être couvert ou caché. Sinon, ce sera l’espace situé entre le rideau et la fenêtre qui sera chauffé. Et par conséquent, beaucoup de chaleur sera perdue. Un radiateur doit disposer de suffisamment d’espace pour bien irradier. Les radiateurs reliés à un système de chauffage central fonctionnent en rayonnant de la chaleur. Si un rideau ou un fauteuil se trouve devant le radiateur, le rayonnement est entravé et la chaleur sera mal diffusée.

10. Un système de chauffage et une cheminée bien entretenus

Assurez-vous de réaliser un contrôle complet de votre cheminée au moins tous les 2 ans. En outre, faites régulièrement entretenir votre chaudière. Des filtres et un système d’évacuation propres font consommer moins d’énergie. Ceci dit, selon la Région où vous habitez vous êtes obligé d’entretenir votre chaudière à échéance régulière.
S’il s’agit d’une installation au gaz naturel, un contrôle doit être effectué tous les trois ans en régions wallonne et bruxelloise. En Flandre, ce contrôle est biennal. Les installations au mazout doivent être contrôlées annuellement.

Chef ...


Pire que la crise de l'euro : la pénurie d'Orval !

mardi 31 janvier 2012 à 06h21
L’Orval fait le chagrin de certains amateurs. La production de la célèbre trappiste ne suffit en effet pas à satisfaire la demande. Il faut dire que l'abbaye d'Orval est particulièrement chatouilleuse sur l'appellation «trappiste».
L’Orval fait le chagrin de certains amateurs. La production ne suffit pas à satisfaire la demande. L'abbaye limite les achats des particuliers à deux bacs. Il faut dire que les distributeurs et les établissements ont eux-mêmes des difficultés à se faire livrer le précieux breuvage. La raison : l'offre ne suit pas la demande. La brasserie de l'abbaye ne peut produire plus de 67.000 hectolitres par an. C'est plus que dans les années 1990, mais le consommateur est plus gourmand.
 
Les bières trappistes ne sont pas aussi commercialement agressives que les bières d'abbaye, comme la Grimbergen et la Leffe, qui ne sont pas brassées dans des établissements religieux. Ce sont des marques «louées» à des brasseurs.
 
L'abbaye d'Orval est particulièrement chatouilleuse sur l'appellation «trappiste». Elle a été la première à la défendre devant les tribunaux, avant la Seconde Guerre mondiale. Elle tient donc à respecter une des conditions pour porter ce nom, qui est la production dans les murs de l'abbaye. Il serait aisé de sous-traiter la production ailleurs… mais c'est impossible.
 
D'autres abbayes se montrent plus parcimonieuses encore, comme Westvleteren, qui vend ses bières au compte-gouttes, exclusivement à l'abbaye. Cette approche, qui n'est pas commerciale, est payante. Les bières trappistes ont connu une hausse des prix de plus de 20 % depuis 2006, plus que le champagne (presque 17 %), et bien plus que la pils (une dizaine de pour cent, moins que l'inflation moyenne).

Big Brother ... one more time


07:44 - 01 février 2012 par Petra De Rouck

Comment le fisc contrôle-t-il votre déclaration?


Le fisc a averti que cette année, il contrôlerait deux fois plus de déclarations fiscales. Quels moyens a-t-il à sa disposition pour ce faire?
Cette année, le fisc procédera à 75.000 contrôles ciblés auprès de particuliers, sociétés, ASBL et chefs d’entreprises. Objectif: effrayer quelque peu les contribuables pour les encourager à compléter correctement leur déclaration et, le cas échéant, à régulariser spontanément leur situation. Sept catégories sont plus particulièrement visées: les salariés qui déclarent leurs frais professionnels réels, les gérants de sociétés de management ou patrimoniales, les constructions d’usufruits, les clubs de sport, les ASBL qui devraient être soumises à l’impôt des sociétés, les ventes par Internet et la déduction des intérêts notionnels. Il ne s’agira pas de simple contrôles de routine lors desquels le contribuable doit juste fournir des informations complémentaires. Mais comment le fisc peut-il exercer ce contrôle?

1. Un contrôle sur place

L’administration a le droit de venir jeter un œil sur place. Elle peut y examiner vos documents comptables légaux ou réglementaires. Elle peut aussi demander à voir les contrats de location, les contrats de travail,… pour autant qu’ils soient nécessaires pour déterminer votre base imposable et son montant.
Si vous tenez votre comptabilité sur ordinateur, vous devez laisser l'administration accéder aux supports informatiques et aux données qu’ils contiennent, aux programmes, ainsi qu'à la gestion du système informatique utilisé. En outre, vous devez faire des copies (d’une partie) de ces données si l’administration le demande.

2. Demande de renseignements

Le fisc peut vous adresser une demande de renseignements. Vous êtes légalement tenu d’y répondre. Cette question ne doit pas nécessairement être faite par écrit. Le contrôleur peut vous demander un renseignement verbalement ou vous inviter à passer dans son bureau. L’administration estime que les demandes mineures peuvent être aussi faites par téléphone, mais vous n’êtes alors pas obligé d’y répondre. Seules les questions posées par écrit nécessitent une réponse écrite de votre part. Un entretien verbal avec le contrôleur ne suffit pas, même s’il a lieu dans le délai prévu. En répondant par écrit, vous pouvez en outre prouver que vous avez répondu dans les délais. L’administration accepte aujourd’hui une réponse par fax ou par e-mail.
Le contrôleur ne peut pas vous demander n’importe quoi. Il peut uniquement s'agir de  renseignements ayant un lien avec l’examen de votre situation fiscale. Il ne peut pas poser des questions sur des revenus non imposables ou des dépenses qui n’ont pas d’impact fiscal.
Vous avez un mois pour fournir les renseignements demandés. Ce délai commence le troisième jour ouvrable qui suit la date d’envoi de la demande. Un délai plus court est illégal.
Vous pouvez demander une prolongation de ce délai... mais avant que le délai initial ne soit écoulé. Si le délai d’imposition approche, l’administration n’accordera en principe plus de prolongation du délai. L’administration doit en tout cas motiver son refus. Mais elle accède généralement à une demande sérieuse. Ce sera le cas si vous avez été malade (longtemps), si vous avez séjourné à l’étranger ou si la demande de renseignements est relativement conséquente.

3. Contrôle auprès de tiers

Pour rendre le contrôle le plus efficace possible, l’administration peut également chercher à obtenir des informations auprès d’autres personnes. Ces "tiers" sont tenus de communiquer certaines données spontanément. Les employeurs, par exemple, doivent introduire des fiches pour les rémunérations payées à leurs travailleurs.
L’administration peut aussi demander oralement ou par écrit des renseignements ou des attestations. Elle peut par exemple interroger un employeur sur les frais remboursés à un travailleur déterminé.
Le droit d’obtenir des renseignements auprès de tiers est néanmoins souvent limité par le secret bancaire.

4. L’échange de données

Les agents du SPF Finances sont tenus de mettre les données en leur possession à la disposition des fonctionnaires compétents pour d’autres impôts comme la TVA, l’impôt des sociétés, le cadastre… Cet échange de données (fiscales) ne se limite pas aux administrations nationales, mais s’effectue aussi au niveau international. Entre les pays, un échange mutuel des données bancaires est même possible et a effectivement lieu. L’échange de renseignements est notamment rendu possible par des dispositions spécifiques dans de nombreuses conventions fiscales préventives de la double imposition que la Belgique a conclues avec d’autres pays européens et non européens. En outre le règlement d’assistance mutuelle européen et la directive européenne sur l’épargne prévoient un échange automatique de données au niveau international concernant les intérêts perçus sur un compte bancaire à l’étranger.
Nouvelle disposition anti-abus
Outre ces moyens d’enquête, un changement important a été décidé. Le fisc bénéficiera d'une nouvelle arme contre la fraude: le gouvernement Di Rupo I a préparé une proposition visant à adapter la disposition anti-abus dans le Code des Impôts sur le revenu. Ce changement est nécessaire pour permettre à l’Administration de redéfinir les constructions mises sur place dans le seul but d’éluder l’impôt. Grâce à cette redéfinition, un ensemble de faits deviennent imposables.
Sur la base des nouvelles propositions, la redéfinition deviendrait possible même si les conséquences juridiques de cette requalification sont différentes de celles de la structure mise sur pied. Exemple: la requalification d’un usufruit en location. Schématiquement, disons que le fisc ne devra plus tenir compte du fait que les locataires et usufruitiers ont d’autres droits et obligations.
La charge de preuve est ainsi inversée: désormais, il reviendra au contribuable de démontrer que sa construction repose sur une logique économique et ne vise pas uniquement à éluder l’impôt.

mercredi 1 février 2012

Bloch story @ Capital.fr


Dassault : L’éternel franc-tireur de l’aéronautique

Source : Capital.fr
19/12/2011 à 12:30 / Mis à jour le 27/12/2011 à 15:53






Depuis quatre-vingts ans, les avions de combat, puis les jets d’affaires de cette firme familiale ont acquis une réputation d’excellence. Mieux, ils génèrent d’énormes bénéfices.
En 1909, un lycéen parisien aperçoit pour la première fois de sa vie un aéroplane qui survole la cour de récréation. Ce jour-là, le jeune Marcel Bloch décide de consacrer sa vie à ces drôles de machines volantes.
Après des études d’ingénieur (électricité, puis aéronautique), il assoit sa réputation durant la Grande Guerre en concevant l’hélice Eclair, qui équipe l’appareil de l’as Georges Guynemer, et un chasseur en collaboration avec Henry Potez. Puis il s’occupe d’immobilier et d’automobile, avant de revenir à l’aviation après avoir assisté à l’arrivée triomphale du Spirit of St. Louis de Charles Lindbergh.
Dès les années 1930, il devient le premier constructeur aéronautique français, produisant des avions civils (notamment des trimoteurs «coloniaux» très robustes) et des bombardiers. Déjà, il se singularise par sa fibre sociale teintée de paternalisme. Quand, en 1936, le Front populaire impose aux entreprises d’instaurer deux semaines de congés payés, il en concède une troisième et propose un intéressement aux bénéfices, que refusent les syndicats, alors opposés à toute forme d’association au capital. Et, bien avant la loi de 1967 sur la participation des salariés aux bénéfices, il a déjà mis en place ce dispositif avec un taux supérieur.
Cette attitude inhabituelle chez les patrons ne lui épargne pas la nationalisation de ses usines par le Front populaire en 1937. Alors que la guerre fait de l’aéronautique une priorité, il démissionne en 1940, à la suite de différends avec l’Etat, devenu son actionnaire. Quand survient la défaite, le régime antisémite de Vichy l’interne en tant qu’individu «dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique». Les Allemands le déportent en 1944 au camp de Buchenwald. Il en réchappe grâce à des militants communistes et ne l’oubliera jamais, acceptant les syndicats, notamment la CGT, comme un contre-pouvoir légitime dans son entreprise.
A la Libération, Marcel Bloch a 53 ans. Il revient à Paris très affaibli par sa détention. Mais cet homme superstitieux, qui conserve dans son portefeuille un trèfle à quatre feuilles ramassé en 1939, croit encore à sa chance. Pour tourner la page, il adopte le patronyme de Dassault pour lui-même et sa société et repart à la conquête du ciel, encouragé par les commandes de l’armée de l’air.
L’entreprise mise sur les moteurs à réaction, dont Marcel Dassault pressent qu’ils vont supplanter la propulsion à hélice, à commencer par les avions de combat. Dès la sortie de l’Ouragan, adopté par les armées française, indienne et israélienne au début des années 1950, le patron met au point sa rigoureuse politique de «petits pas», qui perdurera jusqu’au Rafale.
Chaque prototype capitalise les acquis de l’avion précédent en améliorant des solutions éprouvées, de façon à ce que les innovations se doublent d’une grande fiabilité. Une prudence dont témoigne aussi le «Guide maison de l’ingénieur d’essai», qui martèle dans son introduction «L’optimisme est le pire ennemi». Le succès de Dassault repose aussi sur la recherche d’un équilibre optimal entre la maîtrise d’œuvre de ses programmes et la flexibilité : si l’entreprise assure le développement de ses appareils, de la mise au point du prototype au service après-vente, elle reste avant tout un assembleur. Et n’hésite pas à recourir à la sous-traitance française ou internationale pour les pièces non stratégiques.
Enfin, sur le plan managérial, le mérite prime sur l’ancienneté. Un pari audacieux à l’époque, mais qui attire dans le bureau d’études maison de talentueux ingénieurs. Dès 1956, ils mettent au point le Mirage III, premier avion européen volant à plus de Mach 2. Comme le Convair F-102 américain, sorti peu avant lui, et le MiG 21 soviétique, son contemporain, il est doté d’une aile delta.
Matois sous des dehors bonhommes, Marcel Dassault ne recule devant aucune astuce pour doubler la concurrence. Quand, à la fin des années 1950, un avionneur américain l’invite à la cérémonie d’inauguration d’un prototype d’avion de chasse, il dépêche pour le représenter un photographe et un journaliste de «Jours de France», le magazine concurrent de «Paris Match» qu’il a créé.
A la fin de la cérémonie, le photographe demande s’il peut prendre des photos-souvenirs de son collègue devant l’avion. Les Américains acceptent, sans remarquer le manteau à petits carreaux porté par le journaliste. A partir des clichés, le bureau d’études Dassault recalcule en quelques jours les mesures exactes du prototype…
Vis-à-vis de l’Etat français, qui est son principal client, Marcel Dassault ne se contente pas de répondre aux appels d’offres publics. Il se fait élire à l’Assemblée nationale sans interruption de 1951 à 1986, année de son décès, afin de garder en permanence le contact avec les décideurs politiques. Visionnaire, il finance surtout sur ses fonds propres de multiples projets, versions et options, élargissant ainsi le marché potentiel et les possibilités d’utilisation de chacun de ses appareils.
Une stratégie qui favorise aussi sa réussite à l’exportation. Durant la guerre des Six-Jours, en 1967, les Mirage III acquis par Israël l’emportent haut la main sur les MiG soviétiques de l’Egypte et de la Syrie, assurant une célébrité mondiale à cet avion. Mais, à la suite d’une attaque israélienne sur Beyrouth en 1968, le général de Gaulle décrète un embargo sur les matériels de guerre français destinés au Moyen-Orient.
L’Etat hébreu diversifie alors ses achats au profit des Etats-Unis, qui remplacent la France comme fournisseur privilégié de Tsahal. Qu’à cela ne tienne : la diplomatie française se rapprochant des pays arabes, Dassault commence à vendre ses Mirage à la Libye, à l’Arabie saoudite puis à l’Irak.
De par son activité, l’avionneur entretient avec le pouvoir politique des liens étroits, voire «incestueux», selon les termes de son biographe Guy Vadepied. L’Etat est en effet à la fois le client et, pour les ventes à l’étranger, le tuteur du constructeur.
Légitimiste par intérêt, Marcel Dassault soigne ses relations avec tous les gouvernements en place. Radical-¬socialiste dans les années 1930, il se rallie progressivement aux gaullistes dans l’après-guerre. Outre sa longue carrière parlementaire, il devient un des grands argentiers de la République, à une époque où aucune loi ne régit le financement de la vie politique. «Nous vendons beaucoup à l’exportation. C’est l’étranger qui finance les campagnes politiques. Il suffit de majorer un peu les prix à l’exportation», explique-t-il benoîtement à ses collaborateurs.
Le parti gaulliste est le plus gâté, mais aucune de ses «danseuses», comme il appelle les récipiendaires de ses faveurs, ne peut se prévaloir d’avoir le monopole de son portefeuille. L’avionneur, qui se targue de «financer la démocratie», soutient même les communistes (à cause de Buchenwald) en achetant des pages entières de publicité dans «L’Humanité».
«Personne ne résiste à l’argent», a coutume de dire Marcel Dassault. Il applique aussi la maxime dans sa circonscription, en arrosant les électeurs et les maires de piscines et de salles des fêtes, et en organisant sur ses deniers personnels des tombolas très généreusement dotées lors de ses campagnes électorales.
Son influence dans la vie politique s’exerce aussi à travers ses investissements dans «Jours de France» et la presse locale. Une tradition que son fils Serge Dassault a perpétuée en rachetant «Le Figaro», et en détenant jusqu’à leur revente en 2006 l’ex-pôle de presse régionale du groupe Hersant et le groupe Express-Expansion.
Jusqu’au milieu des années 1970, le constructeur vit son âge d’or. L’affrontement entre l’Occident et l’URSS alimente une course aux armements sur tous les continents et le carnet de commandes de Dassault se remplit. Au Mirage III, fabriqué à 1 400 exemplaires (en comptant le Mirage 5, qui en est dérivé) et vendu dans vingt et un pays (Espagne, Suisse, Israël, Pakistan, Australie, Argentine, Afrique du Sud…), succède le Mirage IV, le bombardier nucléaire de l’armée française, puis le Mirage F1, construit à 700 exemplaires et acheté par onze pays.
En 1954, Marcel Dassault crée aussi un département consacré à l’électronique embarquée, afin de révolutionner les systèmes d’armes et de navigation. Transformé en entreprise autonome en 1981, Dassault Systèmes est devenu depuis l’un des fleurons mondiaux de l’industrie informatique. Ses logiciels de conception assistée par ordinateur et de gestion de projets sont utilisés en particulier par les constructeurs aéronautiques (Boeing, Airbus, Bombardier…), dans l’industrie automobile (Daimler, Volkswagen, équipes de Formule 1) et par des clients aussi différents que Carrefour, Adidas ou Nikon.
Devenu un acteur majeur de l’aéronautique de défense, Marcel Dassault est l’un des premiers constructeurs d’avions qui entrevoit le potentiel du marché des jets d’affaires. Entrer dans l’aviation civile lui permet de plus de se diversifier sur un marché échappant aux aléas des autorisations de l’Etat et du budget des armées. Dès 1961, il commence l’étude d’un biréacteur pour huit passagers avec moteurs placés à l’arrière. Le Mystère 20 sort en 1964, suivant de près le premier jet d’affaires, le Learjet 23.
La compagnie aérienne Pan Am, qui souhaite créer un département avions d’affaires, mandate Charles Lindbergh pour le tester. Séduit par cet appareil confortable et sûr, le célèbre aviateur télégraphie le soir même à Juan Trippe, le P-DG de Pan Am : «J’ai trouvé notre oiseau.» Suit une commande de 40 exemplaires. Dassault vend aussi 33 exemplaires du Mystère 20 (rebaptisé Falcon 20 sur le marché américain, un nom qui restera celui de tous les jets d’affaires Dassault) à Fred Smith, qui le choisit comme premier avion pour FedEx, et 41 aux gardes-côtes américains.
Aujourd’hui, l’avionneur français, qui a sorti dès 1976 le triréacteur Falcon 50, capable de franchir d’un coup d’aile l’océan Atlantique, est devenu l’un des principaux acteurs de l’aviation d’affaires, avec Gulfstream et Bombardier. Son dernier-né, le Falcon 7X, lancé en 2007, peut transporter seize passagers sur près de 11 000 kilomètres. Des dizaines de patrons ont commandé ce joujou dont le prix dépasse 50 millions de dollars. Nicolas Sarkozy en a également un (surnommé «Carla One» par les pilotes de l’armée de l’air) à sa disposition.
A partir du milieu des années 1970, la réussite des Falcon est cependant temporairement mise à mal par les dévaluations du dollar et les crises pétrolières. Et, du côté de l’aéronautique de défense, les contrats sont également moins nombreux. En 1975, le Mirage F1 de Dassault perd le «marché du siècle» face au F-16 américain, choisi par les armées des Pays-Bas, du Danemark, de la Norvège et de la Belgique.
Dassault en tire la leçon en incorporant des commandes électriques et des matériaux composites dans le Mirage 2000, qui fait son premier vol en 1978. Les affaires repartent, le Mirage 2000 étant exporté dans huit pays (dont les Emirats arabes unis, la Grèce, l’Inde et Taïwan) et les nouvelles déclinaisons du Falcon séduisant les multinationales.
En 1976, un chef comptable de Dassault dénonce des comportements répréhensibles (fraude fiscale, détournements de fonds servant au financement de la vie politique…), ouvrant la voie à une commission d’enquête parlementaire. Le scandale est tel que le président Giscard d’Estaing impose en 1977 à Dassault Aviation une prise de participation minoritaire de l’Etat. En 1981, nouveau choc : l’élection de François Mitterrand entraîne la nationalisation de l’avionneur, au moment où une récession mondiale amène ce dernier à fermer des sites industriels.
Ensuite, les déconvenues se succèdent dans l’activité militaire. Le succès du Mirage 2000 est tempéré par l’échec du Mirage 4000, un prototype que le constructeur a financé sur fonds propres dans l’espoir de le vendre en Arabie saoudite, puis par celui du Rafale à l’exportation. Dassault se console en vendant ses Falcon, car les papes de l’économie numérique, les milliardaires des pays émergents et les sociétés de location élargissent le marché des jets d’affaires. Aujourd’hui, 75% des ventes de la société proviennent de l’aviation civile.
Mais, depuis trois ans, la crise financière a aussi affecté ce marché, et le chiffre d’affaires s’en est ressenti : 4 milliards en 2007, 3,7 en 2008, 3,4 en 2009, 4,2 en 2010 (grâce à la livraison de 95 Falcon, un record) et rechute prévue à 4 milliards en 2011. Soit huit fois moins que le leader mondial de l’aviation militaire, Lockheed Martin.
Qu’importe, puisque bon an mal an Dassault Aviation demeure bénéficiaire, avec un taux de marge (10,3% en 2010) réputé parmi les plus élevés du secteur. Une réussite qui tient aux caractéristiques des Falcon : ces avions haut de gamme, à long rayon d’action, résistent mieux que leurs concurrents à la guerre des prix qui sévit en période de vaches maigres. A cela s’ajoute une organisation industrielle flexible : quand les commandes chutent, Dassault rapatrie en interne les travaux confiés aux sous-traitants pour maintenir son plan de charge. Enfin, il est possible que le trèfle à quatre feuilles de Marcel Dassault, conservé par Serge depuis la mort de son père, protège toujours la firme, qui l’utilise comme logo.
Frédéric Brillet