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mardi 25 septembre 2012

RIP


Posté le 23 septembre 2012 par Bcolmant

Bourse de Bruxelles : une plateforme, deux modèles

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La Bourse de Bruxelles traverse des moments extrêmement périlleux : les volumes de négoce se concentrent sur quelques grosses capitalisations qui sont, de facto, des entreprises progressivement étrangères (GDF Suez, AB INBEV, etc.), les mises en bourse sont homéopathiques et les récentes mesures fiscales, annoncées ou invoquées, légitimement décriées par son Président, Vincent van Dessel, constituent autant de nœuds coulants qui garrotent le capital à risque.
Cette situation se calque sur les profondes cicatrices de la crise de 2008 et une peur compréhensible de la prise de risque, conjuguée à un contexte politique qui, au-delà des postulats publics, est contraire à l’entreprenariat.
La survie de la Bourse de Bruxelles est désormais en jeu, et c’est un problème collectif majeur car cela concerne le système financier de notre Royaume.
Cette situation est sans doute aussi liée au fait que la Bourse ait rejoint le secteur privé. La Bourse de Bruxelles est une entreprise cotée au travers de NYSE-Euronext.
Cette privatisation répondait à un indiscutable besoin d’investissements informatiques que ses actionnaires originels (les banques et compagnies d’agents de change) refusaient de faire.
C’est Olivier Lefebvre, Président de la Bourse de Bruxelles à la fin des années nonante et au début des années 2000, qui sauva son institution en mutualisant son existence dans celle d’Euronext, ce qui permit des économies d’échelle. L’apport subséquent de NYSE Euronext au développement de la Bourse de Bruxelles fut, et reste, incontestable : faute d’avoir rejoint un groupe international, la Bourse de Bruxelles serait, au-delà de la création d’Euronext, morte. La décision des dirigeants d’Euronext de rejoindre NYSE fut le second trait de vision d’Olivier Lefebvre. En effet, la survie d’une bourse est (presque) exclusivement liée à la capacité et à l’excellence opérationnelle de son système informatique, dont celui du NYSE est l’étalon mondial.
Mais, aujourd’hui, il convient de repenser le modèle car la Bourse de Bruxelles est inéluctablement destinée à une marginalisation ou au confinement à une bourse locale de PME. Elle n’emploie d’ailleurs plus qu’une dizaine de personnes.
Comment résoudre cette équation ?
Les solutions sont nombreuses et convergentes, notamment dans le domaine fiscal. Le CEO de BNPP-Fortis plaide – comme nous l’avions également suggéré à de nombreuses reprises – pour de nouvelles mesures Monory-Cooreman.
Mais cela ne suffira pas : il faut peut-être s’attaquer à la structure organique de la bourse. Concrètement, une idée (mais il y en a certainement d’autres) consisterait à scinder la bourse en deux entités  distinctes, caractérisées par un actionnariat différent, mais le support opérationnel commun du NYSE.
Il y aurait un marché de grandes capitalisations, essentiellement alimenté par des ordres étrangers et regroupant les 20 plus grosses entreprises belges, avec un système de cotation continue.
Les autres actions seraient regroupées avec celles d'Alternext et les principales sociétés du marché libre dans une nouvelle Bourse Belge, destinée aux PME et dont les banques belges seraient actionnaires. Ces banques auraient donc un incitant à mettre des sociétés en bourse, à les suivre et surtout à jouer un rôle de teneur de marché en alimentant des ordres pour compte de leurs clients. La cotation serait faite au fixing, une ou deux fois par jour. Cette nouvelle bourse continuerait à utiliser le système informatique de NYSE-Euronext, dont l'excellence opérationnelle est incontestable. Les plus petites sociétés, totalement illiquides, devraient faire l'objet d'un retrait de la cote par leurs actionnaires de contrôle.
En résumé, le temps est peut-être venu d’imaginer le meilleur de deux mondes, à savoir une plateforme commune, celle de NYSE Euronext, qui servirait deux bourses, une de grande valeur et une de petites valeurs, dont les banques domestiques, peut-être rejointes par d’autres institutionnels, seraient les actionnaires. Cela permettrait de conjuguer la force d’un groupe mondial avec la nécessité de stimuler l’attrait du capital à risque pour les plus petites capitalisations.

dimanche 18 mars 2012

Poupehan !!! Vous avez dit Poupehan ?


Les côtés obscurs de la dévaluation de 1982

jeudi 15 mars 2012 à 00h00
Bruno Colmant, professeur à la Vlerick Management School et à l'UCL, membre de l'Académie royale de Belgique.
Bruno Colmant, professeur à la Vlerick Management School et à l'UCL, membre de l'Académie royale de Belgique. © Reuters
Trente ans après la dévaluation de 1982, il est aisé d'en louer les aspects romantiques, fondés sur le consensus de quatre hommes qui, conscients de l'état catastrophique de l'économie belge, eurent la lucidité de dégager un choix qui fut salvateur. Ce furent les quatre du groupe de Poupehan qui, en dehors de tout cadre institutionnel, conduisirent, contre l'avis du gouverneur de la Banque nationale de Belgique, le pays, le week-end du 22 février 1982, à dévaluer le franc belge de 8,5 % par rapport au deutsche mark, et ce à la fureur légitime des autorités luxembourgeoises, tenues à l'écart des discussions malgré la liaison des francs belge et luxembourgeois.
 
Cette dévaluation fut discutable dans le processus démocratique qui la fit aboutir. Elle n'en fut pas moins cohérente dans sa décision et l'application de ses mesures annexes, tel le blocage des prix et des salaires qui était destiné à empêcher une poussée d'inflation. En effet, l'avantage d'une dévaluation est qu'elle stimule les exportations. Son inconvénient est qu'elle véhicule l'inflation des importations libellées dans une devise étrangère. Il était donc indispensable de contrôler les prix afin que la dévaluation de 1982 ne contribue pas à souffler sur les braises de l'état déplorable de l'économie belge caractérisée par la stagflation.
 
Aveu d'échec
 
Pourtant, cette dévaluation de 1982 reste la révélation d'un échec de l'économie belge et ce, à plusieurs titres. Ce fut un échec parce qu'une dévaluation est la confession de l'incapacité d'une économie à rester compétitive. Mais, plus fondamentalement, elle révéla un problème d'endettement public. De nos jours, lorsqu'on s'interroge sur les origines de cette dette, la première réponse qui fuse est la crise financière. L'explication est politiquement commode, mais incorrecte. Elle relève même de l'imposture intellectuelle. Ce ne sont pas les sauvetages bancaires récents qui ont créé la dette. Ils l'ont tout au plus rappelée à nos esprits.
 
L'endettement public est né dans les années 1970. Libérés du carcan monétaire des accords d'après-guerre, les gouvernements européens ont tenté de camoufler la mutation de nos économies à coups de grands travaux keynésiens, croissance et alourdissement des administrations, transferts sociaux, aides publiques et autres soutiens à l'économie, des instruments encore largement répandus de nos jours.
 
A l'époque, l'Europe sortait de trois décennies de croissance, fertilisées par la reconstruction industrielle et le plan Marshall. On a aussi institutionnalisé un indispensable système de protection sociale, intégrant un mécanisme de pension avantageux, et fondé sur un principe de collectivisation des coûts, cohérent avec notre trame de civilisation, qui a trouvé dans les théories keynésiennes un alibi à l'indiscipline budgétaire.
 
Fondations instables
 
Cette architecture sociale a été construite sur des fondations instables. Elle aurait pu fonctionner si deux conditions avaient été remplies : d'une part, une économie et une démographie en croissance, et d'autre part, une espérance de vie stable. En 30 ans, tout a basculé : les crises économiques se sont succédé, la population a vieilli et l'espérance de vie s'est extraordinairement allongée. Par pusillanimité ou aveuglement politique, l'Etat-providence s'est alors transformé en gigantesque cavalerie financière conduisant à une croissance astronomique de la dette publique. C'est même plus grave : au lieu de promouvoir un système de stimulation économique, l'Etat belge a probablement découragé l'initiative personnelle.
 
La dette publique a déjà pris des proportions stratosphériques. La crise financière lui a largement fait passer le cap des 350 milliards d'euros autour desquels elle avait été stabilisée (à monnaie constante) depuis le milieu des années 1990. Mais à cette dette bien comptabilisée, il convient d'ajouter une dette diffuse, «hors bilan», celle du coût des pensions et du vieillissement de la population.
 
En Belgique, à la dette existante correspondant à une année de PIB, vient s'ajouter un coût des retraites et soins de santé futurs d'environ une demi-année de PIB pour un total d'à peu près 500 milliards d'euros. Cela représente 50.000 euros par habitant et correspond à 100.000 euros par personne active. Sauf à imaginer que l'argent devienne une abstraction, il faut admettre que 50.000 ou 100.000 euros, c'est vraiment beaucoup. Et c'est pour cela que, 30 ans après la dévaluation de 1982, on aurait dû, en 2012... dévaluer notre monnaie, ce qui est devenu impossible.


Février 1982 : la dévaluation !

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Ce furent les quatre du groupe de Poupehan qui, en dehors de tout cadre institutionnel, conduisirent, contre l’avis du Gouverneur de la Banque Nationale de Belgique, le pays, le week-end du 22 février 1982, à dévaluer le franc belge de 8,5 % par rapport au Deutsche Mark, et ce à la fureur légitime des autorités luxembourgeoises, tenue à l’écart des discussions malgré la liaison des francs belges et luxembourgeois.
Cette dévaluation de 1982, nécessaire pourtant, resta la révélation d’un échec de l’économie belge et ce, à plusieurs titres. Ce fut un échec parce qu’une dévaluation est la confession de l’incapacité d’une économie à rester compétitive, surtout par rapport à son principal partenaire économique et voisin, l’Allemagne.
C’est aussi un échec de devoir utiliser l’arme monétaire pour stimuler une économie, alors qu’une dévaluation ne modifier que les rapports monétaires sans améliorer les capacités de productions. Ce fut aussi l’échec d’un modèle de gouvernement des années septante qui dû conduire au vote des pouvoirs spécieux du gouvernement Martens-Gol afin de sirtir le pays de ses oscillations politiques et erreurs de jugement.
Mais, plus fondamentalement, la dévaluation de 1982 révéla un problème d’endettement public. Ce dernier est né dans les années septante. A l’époque, l’Europe émergeait de trois décennies de croissance, fertilisées par la reconstruction industrielle et le plan Marshall.
Libérés du carcan monétaire des accords d’après-guerre au moment des premiers chocs pétroliers de 1973 et de 1979, les gouvernements européens tentèrent de camoufler la mutation de leurs économies à coups de transferts sociaux, d’aides publiques et autres soutiens à l’économie, sans se réserver de gisements fiscaux suffisants ni anticiper les tendances démographiques des décennies qui suivraient.
Aujourd’hui la plupart des acteurs de la dévaluation de 1982 sont retraités ou décédés. Ils avaient sans doute eu raison. Mais, en même temps, ils symbolisent une Belgique d’avant, celle qui, par pusillanimité, manque de vision ou répétitions de scénarios, n’avait pas compris que le monde abandonnait l’économie industrielle pour se plonger dans l’économie des services. Cette erreur de jugement coûta tellement cher à la Belgique qu’elle continue à en payer les conséquences, par une dette publique incompatible avec sa croissance économique.

jeudi 9 février 2012

Stagflation


Une nationalisation pernicieuse de l'économie

jeudi 02 février 2012 à 00h00
Bruno Colmant, professeur à la Vlerick Management School et à l'UCL, membre de l'Académie royale de Belgique.
Bruno Colmant, professeur à la Vlerick Management School et à l'UCL, membre de l'Académie royale de Belgique. © Reuters
Au fur et à mesure que nos économies discernent les effets de la crise économique, c'est un scénario de stagflation (c'est-à-dire de stagnation de la demande intérieure et d'inflation) qui semble se dessiner, couplé à une hétérogénéité croissante entre les pays de la zone euro. En temps normaux, il est possible d'échapper à la stagflation par une politique de déficit public. Malheureusement, ce n'est plus possible : jamais, sauf en période de guerre totale, la dette des pays développés n'a été aussi élevée.
 
Ce n'est pas la crise bancaire qui fait exploser les dettes publiques, mais bien les déficits courants des Etats, eux-mêmes activés par les stabilisateurs économiques. Ces stabilisateurs alimentent une politique budgétaire contra-cyclique : en période de récession, les recettes fiscales diminuent tandis que les transferts sociaux augmentent. Ce ne sont pas non plus les marchés financiers qui ont créé la dette publique, mais nos gouvernements qui ont capturé, au travers de l'endettement, la croissance et la démographie des prochaines générations. Les Etats ont profité de la financiarisation de l'économie, grâce à laquelle ils ont trouvé des créanciers complaisants.
 
L'inflation suscitée par la création monétaire sera la manière que les Etats choisiront pour se soustraire aux marchés. Ce n'est pas un choix économique idéal, mais l'inflation sera un scénario résigné, destiné à éviter de trop fortes tensions sociales. L'ordre social n'a pas de prix : il passe toujours avant l'ordre monétaire.
 
La Belgique n'échappe pas à cette réalité, avec une dette publique démesurée (bientôt aggravée par le coût du vieillissement de la population) et son corollaire de coût du travail excessif. Pendant des années, nous avons construit un système d'Etat-providence qui a empêtré les finances publiques et la fiscalité du travail dans un inextricable mélange de pseudo-assurance collective. La compétitivité du pays en est dès lors affectée.
 
Par ailleurs, l'impôt et l'inflation sont deux moyens de renationaliser la dette publique. Ceci nous amène à une intuition plus globale : une dette publique excessive n'est-elle pas la négation de l'économie de marché et de la propriété privée des moyens de production ? La dette, remboursée par l'impôt et l'inflation, fait, en effet, planer un risque de confiscation sur les revenus du travail et du capital. Dès lors, une dette publique outrancière s'assimile, pour partie, à une nationalisation pernicieuse de toute l'économie.
 
La logique de création monétaire abusive à laquelle nous assistons constitue peut-être le ferment de cette nationalisation dérobée. En effet, les Etats ont recapturé la création monétaire afin de financer leurs dettes, au risque de dévaloriser la monnaie et de mettre en péril la pérennité de l'étalon monétaire. Si cette orientation était confirmée, cela signifie que la dette publique et la création monétaire convergent vers une expropriation partielle de l'économie privée.
 
Le danger du poids de la dette publique, c'est qu'il confisque le débat démocratique. La dette est, en effet, une hypothèque sur la prospérité des générations futures, ce qui constitue un incontestable déni de démocratie.
 
Nos communautés européennes seront donc immanquablement confrontées à de robustes débats idéologiques qu'une conjoncture bienveillante avait permis de camoufler depuis 30 ans. Les prochaines années seront affectées d'une tension croissante entre le capitalisme individuel et des forces collectivistes caractérisées par une répression financière, fiscale et inflationniste. Ces frictions seront accentuées par des tensions sociales, elles-mêmes alimentées par des dislocations générationnelles, qu'on constate déjà dans de nombreux pays. Car, dans tous les scénarios envisagés, la jeunesse est sacrifiée, ne pouvant pas accepter l'héritage de la dette publique sous bénéfice d'inventaire.
 
La vraie question centrale sera désormais de savoir quelle majorité ou génération va imposer sa loi à quelle minorité ? Qui sera le garant de la propriété privée ? Comment les marchés vont-ils composer avec les pouvoirs souverains ? Le chemin sera sinueux entre le libéralisme de l'économie de marché et le socialisme «redistributif», mais l'instant de vérité de notre modèle social est proche. A un moment, il faudra se débarrasser des vieux réflexes idéologiques des années 1970 et admettre que la compétitivité de notre économie passera par l'acceptation d'un modèle d'économie de marché.
 
Dans ce scénario, la Belgique n'a d'autre choix que de revoir son modèle social et surtout d'aligner strictement ses normes de compétitivité sur son principal partenaire économique, à savoir l'Allemagne, qui est devenue le centre de gravité de l'Europe.

mercredi 5 octobre 2011

Tobin back @ Bruno


Posté le 3 octobre 2011 par Bcolmant

Et revoilà Tobin...

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C’est reparti avec la taxe sur les transactions financières, appelée Taxe Tobin.
Verra-t-elle le jour ? Sans doute pas si elle n'est pas d'application quasiment mondiale.
Mais qu’importe, finalement : il faut aller plus loin, c’est-à-dire revenir à la compréhension de son élaboration.
L'origine de la taxe Tobin doit être replacée dans le contexte historique de son élaboration, à savoir le début des années 1970. A cette époque, le système monétaire de Bretton Woods, qui avait conduit à établir des parités fixes et une convertibilité avec l'or entre les principales devises des pays développés, entrait en déliquescence.
C'est à cette époque qu’un professeur américain du nom de James Tobin eut l'idée d'instaurer une taxe de 0,1% à 1% sur les mouvements de change internationaux spéculatifs et d'utiliser les recettes de cette taxe pour financer la croissance des pays en voie de développement. L'idée fut reprise, quelques années plus tard, par le professeur allemand Spahn, qui recommanda de considérer une taxe plus faible (de l'ordre de 0,01% ou un point de base) sur toutes les opérations de change - donc pas uniquement spéculatives - mais avec un taux d'imposition plus élevé sur ces dernières, lorsque les cours de change s'écartent d'une fourchette prédéterminée (ce système est qualifié de two tiers).
L’efficacité économique de la taxe Tobin est-elle prouvée ? Elle ne l’est pas, et les avis sont partagés quant aux inconvénients de la spéculation que cette taxe entend combattre. En tout état de cause, il est probable qu'une faible taxe ne constitue aucunement un obstacle à des mouvements spéculatifs de grande envergure.
D'un point de vue fiscal - et il s'agit de son aspect conceptuel le plus important -, la taxe Tobin vise à frapper non pas un enrichissement réalisé, mais un flux financier. Or, un flux financier, appréhendé de manière autonome, ne correspond pas aux concepts de revenu et de valeur ajoutée, dont la taxation constitue le fondement de la plupart des systèmes fiscaux. En d'autres termes, cette taxe constituerait un pur impôt à la source sur le capital (ou sur l'épargne), déconnecté de tout enrichissement éventuel y associé. En Belgique, elle relèverait donc de la même catégorie fiscale que les droits d'enregistrement, les droits de succession ou, dans une matière financière connexe, la taxe sur les opérations de bourse (ou TOB).
Enfin, les modalités administratives de perception de la taxe Tobin constituent un autre obstacle à son éventuelle mise en œuvre. Son coût, essentiellement supporté par les institutions bancaires, serait probablement répercuté sur d'autres intervenants, tels les fonds de pension, les organismes de placement collectif et les compagnies d'assurances. La taxe affecterait donc finalement l'épargne des particuliers.

jeudi 25 août 2011

Remember ...

La junte de Wall Street

mardi 23 août 2011 à 00h00

Bruno Colmant, professeur à la Vlerick Management School et à l'UCL, membre de l'Académie royale de Belgique.

Bruno Colmant, professeur à la Vlerick Management School et à l'UCL, membre de l'Académie royale de Belgique. © Reuters

Tout a commencé en avril. Le 21 de ce mois, en 1967, dans le silence du matin, les chars des cadets de l'Ecole des blindés se sont lourdement mis en branle pour encercler les bâtiments publics. Déjà casernées à l'intérieur des villes, les troupes ont rapidement pris position. Le bâtiment de la radio, le parlement et l'aéroport d'Ellinikon sont cernés. En quelques minutes, le palais royal est sous contrôle. Des centaines de personnalités politiques sont immédiatement arrêtées et déportées vers les îles. C'est un pronunciamiento insurrectionnel. L'armée prend le pouvoir à Athènes, sous la direction d'un triumvirat dirigé par le colonel Geórgios Papadópoulos.

L'homme du putsch est un excellent officier. Sous-lieutenant au début de la Seconde Guerre mondiale, il combat contre l'armée italienne et la Wehrmacht. En 1944 il forme une milice chargée d'arrêter les communistes avant de rejoindre l'Angleterre. Après avoir suivi une formation à la CIA en 1953, il dirige les services secrets grecs.

Papadópoulos est un ambitieux. Mais c'est surtout un factieux et un séditieux. En 1956, il participe à une tentative de coup d'Etat contre le roi Paul Ier de Grèce, mais c'est en 1967 qu'il renverse le régime et instaure la loi martiale, au motif de la lutte contre les communistes. Le régime grec est, il est vrai, fragile. La démocratie, instaurée par les premières élections démocratiques de 1963, est balbutiante. Le jeune roi Constantin II, fils de Paul Ier, n'a que 24 ans lorsqu'il accède au trône, à la mort de son père, en 1964. Constantin II devra s'exiler à Rome, en décembre 1967.

La tyrannie de Papadópoulos est terrifiante et le film Z de Costa-Gavras restitue cette ambiance de basculement dictatorial. La censure est établie et les arrestations de masse se conjuguent à la torture. Les communistes sont persécutés sous le silence de l'Eglise orthodoxe. La répression décime les étudiants, dont beaucoup choisissent de s'enfuir du pays. En 1973, le dictateur abolit la monarchie et devient chef de l'Etat après un plébiscite trompeur.

Aujourd'hui, la dictature grecque est bien loin. Papadópoulos est décédé en prison en 1999. Sous son climat clément, Athènes est une ville qui rayonne grâce à une jeunesse entreprenante. Mais parfois, dans la poussière méditerranéenne et l'anachronisme des villes du Sud, on respire, de manière fugace, un parfum de révolution d'autrefois. L'armée reste très présente dans ce pays qui s'est arrogé le rôle de bastion de l'Europe contre les influences moyen-orientales.


Révolution à Wall Street


En 2010, ce sont Wall Street et les agences de rating qui ont fomenté une révolution économique. Après les colonels, les seigneurs du FMI ? Ce n'est plus le triumvirat de Papadópoulos qui dirige la Grèce, mais sa traduction militaire en russe, une troïka, qui est aux commandes du pays. Celle-ci est composée de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du FMI. Symbole des temps : ses représentants sont installés dans les hôtels localisés autour du square de la Constitution, juste devant le parlement. Cette troïka hellénique n'est pas là pour asservir le pays, mais pour en sauver la prospérité.

Partout en Europe, l'étau se resserre sur les pays en déséquilibre. Les prêteurs complaisants sont devenus des créanciers exigeants. En fait, les banques d'affaires confrontent aujourd'hui les gouvernements européens à la finitude de leurs modèles de répartition sociale. Ils posent l'équation fiscale qui se structure désormais dans la dépendance des capitaux étrangers.

Mais, en Grèce comme ailleurs, il faut rester très prudent. Le pouvoir n'appartiendra jamais à la Banque centrale européenne ou au FMI. C'est la rue qui le possède. Un gouvernement peut, au mieux, convaincre des bienfaits d'une devise, telle l'euro. Il ne pourra jamais l'imposer. Et c'est là que se situe le véritable message de la crise financière et économique : il s'agit de la prospérité des futures générations, dont les aînés ont emprunté la croissance. Le manifestant grec et le banquier anglo-saxon convoient le même message : la confrontation à 30 années de déséquilibres budgétaires.

Le mauvais scénario serait que l'euro, forgé pour sceller la paix entre les nations européennes, soit le ferment de troubles sociaux qui appellent des réactions autoritaires. Les jeunes ne se retrouveront pas dans la vieille Europe, âgée, rentière et industrielle. La jeunesse contestataire est persécutée lors des coups d'Etat mais, en Grèce, ce sont les étudiants de l'Ecole polytechnique qui, en 1973, firent basculer le régime des colonels. Et ça non plus, il ne faut pas l'oublier.

mardi 23 août 2011

Fisc, impôts, ...

10:13 - 16 août 2011

Réflexions fiscales estivales


Il faudra répartir plus harmonieusement l'impôt sur la vie d'un contribuable.

Les temps estivaux constituent une bonne occasion de réflexion portant sur les pistes futures de la fiscalité à l'impôt des personnes physiques. Nous en extrayons trois idées disparates.

Fiscalité et parafiscalité

Au cours des prochaines années, une question fondamentale va conditionner la fiscalité des personnes physiques: dans quelle proportion l'impôt des personnes physiques doit-il conserver son caractère d'outil de solidarité?

Le modèle belge est, en effet, basé sur le rôle assurantiel de la sécurité sociale tandis que l'impôt frappe la formation d'épargne. Mais il est intuitif que ce modèle ne sera pas pérenne puisque notre économie adopte progressivement un modèle d'économie de marché.

Il faudra altérer très progressivement, et au rythme du vieillissement de la population, les transferts sociaux en évitant de faire peser tout le poids de l'ajustement par la population active, c'est-à-dire celle qui crée la richesse.

Il faudra stimuler la classe moyenne à constituer une épargne personnelle de précaution, puisque les relais publics disparaissent progressivement. En même temps, il faudra répartir plus harmonieusement l'impôt sur la vie d'un contribuable

Fiscalement, cela devrait conduire, par un système de déductions fiscales, à favoriser l'épargne à long terme et les systèmes de protection individuelle. À l'opposé d'une taxation du capital, il faut favoriser l'épargne-pension et les cotisations d'assurances vie, grâce à l'apport du secteur privé et la mise en oeuvre de mesures de stimulation fiscale.

Mais il ne faut se faire aucune illusion: l'ajustement des modèles sociaux prendra au moins une génération.

Impôt sur le capital

Un impôt sur le capital est-il envisageable? A notre estime, ce serait une erreur.

L'impôt sur le capital consiste à capturer le capital accumulé par les personnes physiques. Ce serait un pur choix de double taxation, totalement contraire aux affirmations politiques récentes visant à attirer et à transmettre le capital (DLU, abaissement des droits de succession et de donation, promotion de l'épargne pension).

Cela fragiliserait à nouveau l'épargne, pourtant déjà déprimée par la crise financière.

Cela pourrait même induire une grande inquiétude dans la population, qui perdrait confiance dans les capitaux différés (épargne pension et assimilés) qui sont justement censés compléter les engagements de pension dont le financement devient de plus en plus fragile.

Taxer l'épargne pourrait donc devenir extrêmement contre-productif. Cela pourrait même entraîner une application du paradoxe de Ricardo. Selon ce dernier, la population commence à épargner si elle pressent des hausses d'impôt. Ce paradoxe relève de la schizophrénie si l'impôt frappe justement l'épargne.

Impôt sur

la consommation

Il est probable que les impôts de consommation se développeront, mais dans des mesures prudentes. Ces impôts à large assiette, permettent une collecte efficace. De plus, s'il y a des poussées d'inflation, cela va immédiatement se répercuter sur les prix à la consommation, et donc sur les impôts. Ne dit-on d'ailleurs pas que l'inflation est un impôt sans barème ou plutôt un impôt insidieux sur l'épargne longue? En même temps, l'impôt sur la consommation est injuste socialement.

De plus, l'expérience japonaise d'une hausse de TVA décidée en 1997 pour renflouer le budget de l'État fut désastreuse.

Quel avenir fiscal?

Il faudra une grande réforme fiscale. Il faut aussi réduire le poids de l'État dans l'économie. Mais ce n'est pas aussi simple. Tout d'abord parce que peu d'entre nous sont conscients des biens publics dont nous jouissons. Politiquement, c'est aussi délicat. Mais surtout, nos communautés ont choisi une équation sociale qui attribue à l'État un rôle important, surtout en période de crise.

Postuler qu'un État est trop imposant revient à poser la question des répartitions sociales. La marge de manoeuvre de nos gouvernements sera évidemment très fine, puisque toute démarche doit être harmonieuse avec la fiscalité des pays adjacents, qui sont d'ailleurs nos principaux partenaires commerciaux. Une augmentation de la fiscalité sur le travail, aggravant une situation déjà préoccupante, signifierait que la Belgique renonce à tout espoir de remontée dans l'échelle de la compétitivité.

Bruno Colmant

Professeur à la Vlerick School of Management et à l'UCL

lundi 8 août 2011

L'immobilier ?

Posté le 6 août 2011 par Bcolmant

LES USA sont ‘AA+’ : L’INFLATION ARRIVE !

Ce qui est prévu était prévisible : Les États-Unis ont perdu leur rating absolu, c’est-à-dire le triple A. Notre monde financier va en découvrir un autre.

Dans les prochains jours, le dollar pourrait faiblir et les taux d’intérêt américains effleureront une hausse. Mais si les taux d’intérêt américains augmentent, ils restent, de facto, le nouvel étalon du taux d’intérêt sans risque tant que les Etats-Unis restent la première puissance économique.

Une fois le mouvement d’humeur des marchés passé, les autorités financières examineront avec sérénité la portée de cette chute de solvabilité

A notre intuition, si la première puissance économique et militaire mondiale est perçue comme moins solvable, cela disqualifie tout rating qui lui serait supérieur, puisque les pays qui en bénéficieraient seraient insignifiants. Une baisse du rating des États-Unis s’assimile à une nouvelle graduation de la perception de la solvabilité. Tout se passe comme si les niveaux d’un thermomètre étaient arbitrairement modifiés, sans ce que cela ne change la réalité météorologique.

Cependant : il ne faut pas s’y tromper ! Les États-Unis voudront à tout prix garder leur suprématie financière, elle-même fondée sur une hégémonie commerciale et militaire. On constatera donc un mélange de complaisance monétaire (devrait conduire à un dollar structurellement plus faible) et de protectionnisme industriel larvé. Paradoxalement, une dégradation du rating des États-Unis pourrait donc les pousser à poursuivre l’assouplissement monétaire, plutôt que de subir une hausse des taux d’intérêt, qui serait la conséquence normale d’une dégradation de rating. La chute de rating se refléterait donc plutôt dans une baisse du cours du dollar plutôt que dans une élévation des taux d’intérêt.

Curieusement, en s’octroyant le pouvoir d’imprimer des dollars, les États-Unis utiliseront le privilège d’émettre une monnaie de réserve pour qu’elle le subsiste.

Cela entretiendra des pressions inflationnistes qui alimenteront elles-mêmes la faiblesse du dollar jusqu’au moment où un resserrement monétaire serait inéluctable. C’est d’ailleurs exactement ce qui s’est passé après que Nixon ait abandonné l’étalon-or en 1971.

En conclusion, les États-Unis conserveront encore longtemps le monopole de création de la monnaie de réserve universelle, mais le dollar deviendra probablement une devise plus faible, au fur et à mesure que son statut de monnaie-refuge se dissoudra et que la puissance économique et militaire des pays asiatique se renforcera.

Par rapport l’Euro, la faiblesse du dollar sera compensée par les risques de fragmentation de la monnaie unique européenne. Le rapport de change entre les deux devises reflétera donc l’équilibre relatif des dettes publiques et de l’expansionnisme monétaire constatés sur les deux continents.

Bruno Colmant

mardi 14 juin 2011

Cinquante ...

"Il faut au moins 50 actions pour diversifier un portefeuille"

EPARGNER

Bruno Colmant - CEO adjoint de l'assureur Ageas - dispose d’une solide expérience dans le secteur financier. Cette passion lui a permis d'occuper de nombreuses fonctions au top. Il gère ses finances personnelles avec la même conviction.

(mon argent) - Bruno Colmant a travaillé pour le holding Sofina, la compagnie d’assurances Intégrale et la société de Bourse Dewaay. Chez ING Belgique, il a occupé les fonctions de CFO et administrateur délégué, et pendant neuf mois, il a assisté le ministre des finances Didier Reynders en tant que chef de cabinet. Il a également été CEO d’Euronext Bruxelles et est maintenant, entre autres, deputy CEO d’Ageas.

Avez-vous encore le temps de dépenser de l’argent?

"Pas vraiment. En plus de mes fonctions de CEO adjoint d’Ageas, je donne cours dans plusieurs universités. J’ai aussi de nombreux autres mandats. Difficile de trouver du temps pour faire des emplettes avec un agenda aussi chargé!"

A quoi ne dépenseriez-vous pas d’argent?

"Aux produits de luxe, comme des voitures de prestige ou des montres coûteuses. J’ai grandi dans un milieu où chaque franc comptait. Le gaspillage n’était même pas une option. J’estime donc que l’argent doit se dépenser avec prudence."

L’argent vous cause-t-il parfois des soucis?

"Pas vraiment, même si je crains une inflation en hausse pour les prochaines années. C’est pourquoi je privilégie des actions d’entreprises telles que Total, Coca-Cola, Kraft ou McDonalds, dont les ventes augmentent parallèlement à l’inflation. Je suis également détenteur de comptes à terme dont le taux est couplé à l’inflation."

A quoi dépensez-vous beaucoup d’argent?

"Aux ouvrages consacrés aux thèmes économiques et financiers. En moyenne, j’achète cinq livres par semaine. Cela représente un budget hebdomadaire de 100 à 150 euros. C’est la seule manière pour moi de rester informé des dernières évolutions du monde financier."

De quoi se compose votre portefeuille d’investissements?

"Comme je table sur une augmentation de l’inflation, je n’investis pas dans les obligations. 80% de mon portefeuille se compose d’actions individuelles, principalement américaines. Le reste est constitué de trackers qui me permettent de miser sur la hausse du cours de l’or et des matières premières: ce sont mes meilleurs investissements. J’investis aussi dans des assurances-vie et décès."

Quel fut votre pire investissement?

"Probablement quelques options call achetées il y a quelques années sur des actions belges. J’en ai tiré une leçon importante: les produits financiers doivent être simples. Dans le cas contraire, ils recèlent généralement d’importants dangers."

Achetez-vous beaucoup d’actions?

"Je ne crois pas que 20 actions suffisent pour diversifier un portefeuille. Il faut en avoir au moins 50. Chaque mois, j’ajoute une ou deux nouvelles actions à mon portefeuille. Je ne vends jamais. Cela me dispense de devoir suivre mes actions de très près, puisque de toute façon, je les conserve dans une perspective de long terme."

Changez-vous souvent de banque?

"Je n’ai pas le temps! Je suis client de trois banques, dont la Banque de la Poste. J’y suis titulaire d’un compte à vue auquel je suis attaché pour des raisons émotionnelles. Mon grand-père fut l’un des premiers clients de la banque, dans les années 20’. On lui avait alors attribué un compte associé à un numéro très court. J’ai repris ce compte et je ne le laisse pas dormir, pour pouvoir conserver le numéro qui lui est associé."

Remplissez-vous votre déclaration d’impôt vous-même?

"Par Tax-on-Web, oui. C’est si simple! Tous les citoyens ont la possibilité de remplir rapidement cette formalité administrative, désormais. Plus convivial que cela, c’est impossible."

Comment épargnez-vous pour votre retraite?

"Ma pension légale ne sera pas énorme. Je verse donc chaque année le montant maximal sous forme d’épargne-pension. Les investissements que je réalise visent aussi à participer à ma retraite."

Sven Vonck - 16:22 - 12/06/2011 Copyright © monargent.be