Le mouvement des indignés, ces jeunes révoltés par la crise et ses conséquences a d’abord été un mouvement circonscris à des pays comme l’Espagne et la Grèce. Aujourd’hui, le mouvement fait tache d’huile et l’on retrouve ces mêmes indignés à Bruxelles ou occupant la Bourse de New York ! La question est évidement de savoir ce qui pousse ces jeunes à défiler pacifiquement dans les rues de nos capitales. En Espagne, par exemple, c’est le mouvement social le plus important depuis la chute du franquisme. Pourquoi cette indignation ?
 
Le chômage, donc l’absence de perspective pour ces jeunes européens, est une première raison. L’Histoire montre que des jeunes diplômés qui arrivent sur le marché de l’emploi en pleine crise gardent une cicatrice tout au long de leur carrière. Cet «effet cicatrice» se manifeste au moment de trouver un emploi : la durée pour en trouver un est nettement plus longue que d’habitude, d’autant que, lorsque la reprise se manifeste un ou deux ans plus tard, les entreprises ont tendance à recruter les jeunes fraichement diplômés au détriment de ceux qui sont inscrits au chômage.
 
Lorsqu’ils trouvent un job, ces indignés décrochent un salaire d’entrée inférieur à celui de leurs aînés à la même époque. C’est normal quand le chômage est au plus haut. Les entreprises sont en position de force pour négocier les salaires d’entrée à la baisse. Or, cette différence salariale, ils la porteront toute leur carrière, avec l’impact que l’on connaît sur le montant de leur pension. C’est pourquoi les sociologues parlent d’«effet cicatrice».
 
L’autre motivation de ces indignés, c’est souvent leur rejet de la mondialisation. Ils estiment qu’en 15 ans, cette mondialisation a fabriqués des chômeurs au Nord et des quasi-esclaves au Sud, pour reprendre l’expression du socialiste français Arnaud Montebourg ! Au fond, pour ces jeunes indignés, la mondialisation, c’est la guerre de tous contre tous, y compris au sein de l’Europe.
 
La grosse difficulté de ces indignés est qu’ils n’ont pas vraiment d’adversaire désigné. Dans les pays arabes, les jeunes ont face à eux des dictateurs ; ici, ce sont les marchés financiers… Et le mur de l’argent a ceci de déroutant qu’il est, en quelque sorte, anonyme.